Pénurie de blé dur : augmentation des prix

Pénurie de blé dur : augmentation des prix

Sécheresse au Canada, abondance de pluie en Europe : les conditions météorologiques extrêmes en Europe et Amérique du Nord laissent craindre une pénurie de blé dur, base de fabrication des pâtes et des semoules. La Russie pourrait en profiter pour asseoir sa nouvelle place de géant mondial du blé.

« Le dérèglement climatique met en danger le marché des pâtes alimentaires. » Le communiqué publié ce lundi 16 août et qui commence ainsi n’est pas émis par une ONG écolo catastrophiste mais par les très sérieuses associations professionnelles des fabricants de pâtes et de semoule.

Le Sifpaf et le CFSI soulignent les conséquences catastrophiques de « pluies beaucoup trop abondantes en Europe » et d’une sécheresse « sans précédent » au Canada. Touché par une vague de chaleur extrême, décrit comme un « dôme de chaleur », le Canada risque de perdre un tiers de sa production de blé dur, indispensable à la fabrication des pâtes. Quand on parle du premier exportateur mondial, qui représente à lui seul les deux tiers du commerce mondial de blé, on comprend la gravité de cette situation.

 

Une « situation de crise »

Pour le dirigeant du fabricant français de pâtes, « cette pénurie est liée au dérèglement climatique », évoquant en premier lieu a sécheresse au Canada, touché cet été par une vague de chaleur exceptionnelle.

« Le Canada est le premier producteur de blé dur au monde et surtout c’est le premier exportateur. On estime que sa production sera en recul de l’ordre de 30 à 40% », a-t-il poursuivi. Par ailleurs, les pluies très abondantes en Europe ont eu pour conséquence « une récolte assez basse, qui va être de l’ordre de 7,3 millions de tonnes pour un besoin de 9,5 millions de tonnes ».

 

La France aussi concernée

Panzani regarde particulièrement la situation française, car le fabricant utilise 100% de blé français pour sa production hexagonale. Une situation où la baisse des niveaux de blé récoltés se combine avec une qualité moindre des grains.

« Il a plu de mi-juin à la moisson, et cela a clairement affecté la récolte, détaille François Rouilly. En France, en termes de quantité, nous sommes plutôt dans une moyenne basse, on a une qualité de blé dur assez hétérogène, une partie de ce blé sera assez difficile d’utiliser pour la fabrication de nos pâtes ».

 

Les cours mondiaux du blé dur en hausse de 30%

En Europe, la récolte n’a pas été aussi abondante qu’attendue. Les syndicats indiquent que les pluies abondantes qui ont touché la France pendant la floraison et durant la moisson ont fortement réduit « le potentiel utilisable de blé dur français pour faire des pâtes alimentaires ». En Europe, la production est inférieure de 23% aux besoins et les stocks sont au plus bas

Cette pénurie a entraîné une hausse de 30% des cours mondiaux mais ne se fera ressentir dans les rayons des supermarchés que d’ici quelques mois. Si cette augmentation doit se limiter à 20 centimes d’euros pour un kilo de pâtes, « les entreprises françaises ne vont pas pouvoir tenir sur la durée avec des prix aussi inflationnistes », s’alarme Christine Petit, secrétaire générale du syndicat des fabricants de pâtes alimentaires de France.

 

Vers une hausse des prix des pâtes en magasin ?

Cette « situation de déséquilibre entre l’offre et la demande » pousse les prix du blé dur à la hausse. « Depuis le mois de juillet, le prix du blé dur en France a augmenté de plus de 30% », a assuré François Rouilly.

« Il va être urgent pour nous d’être capable de répercuter cette hausse des prix du blé dur auprès des prix de vente du consommateur et nous sommes en pourparlers avec la grande distribution pour voir comment gérer cette crise », alerte le directeur général de Panzani.

Cette hausse devrait cependant restée modérée pour le consommateur. Selon le Syndicat des Industriels fabricants de pâtes alimentaires de France (SIFPAF), qui s’était exprimée lors de la précédente crise du secteur en 2019, le prix du blé dur correspond à 75% du prix de revient d’un paquet, soit le coût de production des pâtes elles-mêmes, hors emballage, coût de transport, marges distributeur.

Lors de la crise de l’été 2007, où le prix du blé dur était passé de 170 euros la tonne au premier semestre à plus de 400 euros en novembre, les prix avaient augmenté à partir de décembre de 10 à 20 centimes par acte d’achat, rappelait alors le magazine spécialisé LSA. Selon le site terre-net.fr, le cours du blé dur était ce mercredi de 335 euros la tonne, contre 270 euros le 7 juillet.

Jusqu’à 20 centimes de plus pour un paquet à un euro

Selon les organismes spécialisés, comme Agreste, cette tendance à la hausse risque de continuer. Certains industriels redoutent même de devoir aller jusqu’à 500 euros la tonne et dans ce cas, le prix du paquet de pâtes à un euro connaîtrait une augmentation de 20 centimes.

Pour les fabricants de pâtes, le coupable de cette hausse est tout désigné : c’est le dérèglement climatique qui menace la production de pâtes alimentaires. En effet, la météo de cet été, mauvaise, pèse très lourd en France mais aussi à l’échelle mondiale. On le sait peu, mais le premier producteur de blé dur est le Canada. Il fournit presque un tiers du marché mondial et le dôme de chaleur qui a touché le pays a fait très mal aux récoltes avec une sécheresse exceptionnelle : elles sont en retrait de 32% par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

En Europe c’est l’inverse qui s’est produit : trop de pluie. Elles ont été abondantes cet été. Le problème n’est pas tant la quantité, encore qu’elle soit légèrement inférieure aux besoins, mais la qualité. À cause de la pluie, le poids des grains est trop souvent insuffisant et par conséquent, le blé devient impropre à la production de pâtes et de semoule. N’espérons pas nous tourner vers la Russie : là aussi, les récoltes sont mauvaises et les stocks mondiaux de blé dur ne permettront pas de compenser les pertes.

 

Les industriels veulent une hausse du prix des pâtes

En plus de la situation au Canada s’ajoute «une récolte insuffisante en Europe avec 7,3 Mt pour un besoin de 9,5 Mt», affirment-ils. Selon eux, les pluies abondantes qui ont touché la France pendant la floraison et durant la moisson «réduisent fortement le potentiel utilisable de blé dur français pour faire des pâtes alimentaires».

Depuis la mi-juillet, «le prix mondial de référence des blés durs subit une augmentation historique de plus de 30% en quelques semaines, hausse qui pourrait encore fortement s’accélérer lorsque le Canada aura fini de récolter et confirmer une pénurie mondiale de blé dur», selon les industriels.

Dans ce contexte, ils demandent aux pouvoirs publics de mettre en place «un plan d’urgence» pour leur permettre d’assurer leur approvisionnement en blé français et de faire en sorte que les distributeurs répercutent «l’explosion du prix du blé dur dans les prix de vente pour traverser cette crise exceptionnelle».

 

Un « plan d’urgence » demandé

En matière des pâtes alimentaires, les industriels demandent aux pouvoirs publics « de mettre en place un plan d’urgence » pour permettre d’assurer l’approvisionnement en blé.

Il s’agit également de prendre également en compte « l’explosion du prix du blé dur dans les prix de vente pour traverser cette crise exceptionnelle » expliquent les fabricants. Le prix du paquet de pâtes devrait donc bel et bien augmenter dans les rayons…

 

Ethan